« Drain me deeper, drain me true… »

Ami lecteur, je te l’avais promis dans un article précédent (L’Art de Toucher), je vais te parler du Deep Draining, Draînage Profond en français, mais le terme ne s’impose pas vraiment, et l’on garde encore volontiers l’appellation anglaise.

C’est à la fois une technique de massage, une approche globale de la personne, et une vision de l’action du thérapeute.

Tout a commencé en Norvège, au milieu du XXème siècle. Aadel Bulow-Hansen, physiothérapeute de son état, développe une technique de massage adaptée aux patients d’un établissement psychiatrique. Gerda Boyesen, fondatrice de la psychologie biodynamique, se forme avec Aadel Bulow-Hansen et se passionne pour la méthode et la développe. Il est en effet frappant de constater à quel point une « maladie mentale » peut modifier le corps d’une personne. Les atteintes graves peuvent rendre véritablement difforme. Mais chez tout un chacun la névrose engendre des modifications posturales plus ou moins marquées.

On appelle cuirasses ces adaptations posturales et structurelles de la personne, car elles ont pour fonction de protéger. Dans un article précédent (C’est quoi une névrose, corporellement parlant ?) j’ai tenté de présenter la façon dont le corps est un élément essentiel de la personnalité, car il porte les traces et la mémoire de ce qui a formé le caractère. J’irai même plus loin en ajoutant que la structure corporelle est un élément constitutif du caractère. Je vous invite à relire cet article pour bien comprendre ce qui va suivre.

Au fil du temps, de la répétition des situations traumatisantes pendant le développement de l’enfant, va se développer ce que Wilhelm Reich a appelé la cuirasse musculaire. Cet ensemble de contractions chroniques, ou d’insensibilité chronique, va constituer comme une carapace (enfin, le terme est un peu abusif, dans certains cas il s’agit plutôt d’une cape d’invisibilité, ou d’autres moyens de protection encore. Le sujet est vaste, j’y reviendrai certainement dans un prochain article).

Elle est très utile cette cuirasse, ou du moins elle a été très utile à un certain moment. Elle peut encore être utile de temps en temps, le problème est que lorsque cette carapace est une partie de nous, qu’elle fait partie de notre identité, on la porte toujours sur soi, même lorsqu’elle n’est pas nécessaire. Elle réduit notre capacité d’action, nous répétons toujours le même fonctionnement même lorsqu’il n’est pas le plus adapté.
Il faudrait donc apprendre à voir cette carapace non comme une part de notre identité, mais pour ce qu’elle est vraiment, une protection, un système de défense que nous avons construit, mais qui n’est qu’une couche qui recouvre notre être véritable. Lorsque petit à petit nous apprenons à sentir cette cuirasse, très vite elle devient gênante comme un vêtement trop petit, ou sale, ou trop lourd. On veut vite le retirer parce qu’on se dit : ça n’est pas moi ce truc ! C’est une étape très délicate quand on suit une thérapie. Cela ressemble à la mue d’un crabe. Il ôte sa carapace trop petite, et alors il devient très vulnérable. Lorsqu’on commence à se libérer de sa cuirasse, on se sent très fragile. On ne répond plus automatiquement aux modes d’action habituels, mais quoi faire à la place en cas de danger ? Il faut retrouver sa spontanéité, sa capacité de répondre avec justesse aux événements de la vie, mais on en a perdu l’habitude et c’est tout un apprentissage à refaire, un peu comme une rééducation lorsqu’on enlève un plâtre.
Lorsque la cuirasse commence à fondre se produisent aussi d’étranges manifestations. Des émotions étranges, inhabituelles, nous surprennent. Cela arrive parce que ce dont nous protège notre carapace, ce n’est pas uniquement les dangers, réels ou illusoires, du monde extérieur. Elle nous protège aussi des émotions enfouies, trop dures à supporter, celles-là même qui nous ont amené à fabriquer cette cuirasse. Et lorsqu’elle fond, ces émotions refont surface. C’est ce qu’on appelle les mémoires corporelles.

On peut avoir plusieurs définitions de ce qu’est une mémoire corporelle. De la façon dont je l’entends, c’est la façon qu’a le corps de restituer une émotion lorsque l’on sollicite les zones qui ont emmagasiné la tension non résolue. Reprenons l’exemple de la douleur dans les bras lorsqu’on les lève, que j’ai évoqué dans l’article sus-mentionné. Bien souvent, lorsque le processus de libération est « mûr », si on persévère dans cette position et si les circonstances le permettent, c’est-à-dire si l’on se sent suffisamment en sécurité et accueilli, on peut voir des larmes jaillir abondamment et une immense détresse nous envahir, ou bien une rage terrible survenir. La tension retenue pendant parfois des dizaines d’années peut alors se libérer, car l’émotion enfouie peut s’exprimer, être accueillie avec bienveillance, et être reconnue. Cela ne se fait pas en une fois, mais petit à petit on peut arriver à résoudre la problématique de cette façon.

Le mode d’action du Deep Draining est de travailler directement sur le corps pour résoudre la névrose. Gerda Boyesen disait que le Deep Draining c’est « une psychanalyse par le corps », c’est comme « guérir la névrose avec les mains ». Pour ce faire, le thérapeute travaille sur plusieurs points simultanément : rétablir la circulation de l’énergie et une respiration « complète », remettre en circulation le psychopéristaltisme, et faire fondre la cuirasse afin de libérer les mémoires corporelles. Dans d’autres cas, il peut aussi travailler à renforcer la structure et l’enracinement. Tout l’art du thérapeute consiste à adapter son massage à « là où en est le patient » dans son processus de guérison. Pour se faire, il a besoin d’une connaissance fine des mécanismes en oeuvre dans le corps du patient, et d’une grande sensibilité développée par la pratique et une thérapie personnelle approfondie.

Le but du deep draining est de retrouver ce que Gerda Boyesen appelait notre « noyau sain », ou notre « bien-être indépendant ». C’est un profond sentiment de vérité intérieure, de présence à soi-même et au monde qui nous ouvre à la réelle dimension de soi et à la conscience de son potentiel.

Quant à la façon dont le thérapeute travaille, je ne vais pas me paraphraser, si cela t’intéresse tu peux relire mes articles précédents (Le corps à livre ouvert, L’art de toucher), et tu me pardonneras de n’être pas plus précis, chaque séance est unique et il faut l’expérimenter pour saisir vraiment ce dont il s’agit.

Le deep draining est une pratique très vivante et de nombreux thérapeutes continuent à l’approfondir et à la développer, en France et dans le monde. Ces recherches et ces échanges contribuent à enrichir chaque jour cette méthode en perpétuel renouveau.

Voilà ami lecteur, je t’ai présenté de façon très parcellaire la façon dont le deep draining agit sur la névrose. J’espère un peu t’avoir donné envie d’expérimenter cette approche passionnante. Et si tu veux en savoir plus, je t’invite vivement à parcourir ce petit ouvrage extrêmement intéressant rédigé par Alberto d’Enjoy et un groupe de ses anciens élèves :

« Réveiller l’âme dans le corps – Le draînage profond biodynamique, une méthode de thérapie psycho-corporelle » – Les Editions Biodynamiques de l’APPB (plus d’infos sur le site www.appb.org)

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3 Commentaires

  1. J’adore la pancarte, so true

  2. Oui, la pancarte, le titre… notre biodynamicien préféré (enfin, au moins le mien :D) a de l’humour, c’est sûr 🙂
    Mais aussi le don pour écrire de façon claire et rendre accessible son propos même aux non « initiés », et c’est ça le plus important !

  3. Bravo Christophe …. toujours aussi clair et précis. Très intéressant
    Je t’embrasse
    Marie

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